
On dit que ce sont des animaux particuliers, et face à la lumière,
quelquefois sans défense. Je me suis jeté dans leurs gueules de
loups. Mais les grandes gueules n'ont pas forcément de grandes
bouches. Il leur arrive même d'avoir de petites dents. Ils ont
des cous, des plis, des mentons et des rides, des tronches qui
s'étirent, se tordent à la lumière, comme juste sortis de la coquille.
Leur gueule est piège, leurre ou défense, mais comme tout le monde,
c'est sûr, parfois ils l'ouvrent pour ne rien dire. On dit que
ce sont des artistes, des idoles, des demi-dieux, dont le talent
agirait dedans, et la force vibrerait dehors. Rôdés, huilés. Ce
ne sont pourtant pas des machines. Quoique. L'être humain a cela
de bizarre qu'il se comporte en homme s'il comprend le mode d'emploi.
Il y a toujours la bête au fond, celle qui hurle, pleure, vibre,
exulte, vit et ne s'éteint pas, même quand la lumière tombe.
Patrick Swirc