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Entrons dans les TRANS…
PHOTOGRAPHIQUES
Texte : Marta Eloy Cichocka
La galerie Stary Browar de Poznan et la Fondation Kulczyk présentent
la Collection « Transphotographiques », une exposition rétrospective
proposant une sélection d’oeuvres significatives issues de l’ensemble
des éditions des Transphotographiques, festival organisé chaque année
à Lille depuis le début du XXIe siècle.

D’ici quelques instants, mon cher lecteur va probablement m’accuser
de donner foi à toute une série de stéréotypes. Néanmoins, il me semble
difficile d’ôter aux Français trois traits significatifs : un goût certain
pour la cuisine, un sens inné de l’organisation (tant d’une prochaine
révolution que d’un championnat de football !), et un incontestable
penchant pour les jeux de mots et de langue. S’agissant du festival
Transphotographiques, je retrouve au moins deux de ces caractéristiques
: sa dénomination aussi diabolique que l’ardeur visionnaire de son équipe.
Le néologisme définissant le festival débute par le préfixe trans-,
induisant instantanément un rapport avec la notion de changement, de
déplacement, de décalage, de transfert ou encore d’intersection au sein
d’un espace donné. On y devine dynamisme, énergie et une incontestable
puissance, de même que pour tous les mots qui commencent ainsi. Par
exemple : transformation (changement et métamorphose), transgression
(violation de limites, notamment de règles morales), translation (déplacement,
traduction), transfiguration (métamorphose, mutation, embellissement),
transcendance (qui postule l’existence d’une réalité extérieure à l’être
matériel ou aux limites de la perception humaine), etc.
Or, le néologisme « transphotographiques », utilisé dans le contexte
d’un festival international de photographie, se situe encore, sans aucun
doute, dans les limites de la perception humaine. Il semble que son
but principal soit de rompre avec le stéréotype des expositions de photographie
contemporaine, et de dépasser les notions de différences de milieux
ou encore de divisions géopolitiques. Lille n’a pas été choisie par
hasard – la capitale du Nord est une ville de caractère, au riche passé
industriel, traditionnellement de gauche et bienveillante face à l’émigration
(par ailleurs, de nombreux descendants des familles minières polonaises
y vivent encore aujourd’hui; il ne faut pas oublier non plus que « la
fête de la soupe », célébrée avec faste dans le quartier Kazimierz à
Cracovie, est une tradition venue tout droit de Wazemmes, un quartier
coloré de Lille).

Pour en revenir au festival, il a été créé à l’initiative d’Olivier
Spillebout, son actuel directeur, homme énergique et charismatique,
qui possède l’avantageuse capacité de savoir choisir avec discernement
ses collaborateurs, et lui permet de faire voguer le navire des Transphotographiques
vers des ports et des escales de plus en plus intéressants. Depuis ses
débuts en 2001, le festival a pour ambition de concurrencer les illustres
Rencontres Photographiques d’Arles (organisées depuis à peu près 40
ans !). Aujourd’hui, Lille a incontestablement trouvé sa place dans
l’agenda des événements photographiques incontournables de France, d’Europe
et du monde. Sept ans d’existence des Transphotographiques ont permis
de revitaliser la ville et sa région – y compris l’eurorégion, une partie
des expositions du festival étant en effet présentées en Belgique. Mais
le phénomène signé trans- a également eu un impact important en Pologne.
Je dois avouer que lorsque Olivier Spillebout m’a dévoilé en 2004 son
projet de créer en Pologne un festival photographique qui pourrait relier
la région entière de Trójmiasto, je n’y ai pas apporté plus de considération
qu’aux élucubrations d’un rêveur. Cependant, le festival Transfotografia
de Trójmiasto, petit frère des Transphotographiques, a effectivement
vu le jour deux ans plus tard. Ainsi, le PhotoMonth de Cracovie, le
Fotofestival de Lódz ou le Foto Art Festival de Bielsko-Biala ont d’ores
et déjà un concurrent d’importance, doté de puissants liens internationaux.
L’exposition rétrospective des œuvres de la Collection des Transphotographiques
et de la Maison de la Photographie de Lille permet d’évoquer la spécificité
de chacune des éditions du festival. La star des Transphotographiques
2001 était sans conteste Willy Ronis. L’édition suivante était dominée
par la photographie féminine incarnée par sa marraine Sabine Weiss ;
parmi les artistes présentées se trouvaient trois représentantes de
la Pologne (et également de l’Ecole des Beaux-Arts de Cracovie) : Agata
Pankiewicz (enseignante de la section Photographie et Multimédia), Anita
Andrzejewska (diplômée de l’Ecole) et Sylwia Kowalczyk (récipiendaire
de l’Ecole). En 2003, les organisateurs ont renoncé au choix d’une thématique
centrale, pour miser sur la diversité des traditions, de l’esthétique
et du style. Peter Lindbergh, l’un des photographes de mode les plus
connus, était le parrain de cette édition. Son exposition à Lille était
intitulée « Images of Women » - du titre de l’album légendaire de cet
artiste allemand, comprenant 300 pages qui résumait 10 ans de sa collaboration
avec les plus célèbres créateurs de mode et les plus beaux mannequins.
Je me souviens toujours du texte que Lindbergh avait écrit sur les questions
de créativité et d’expression de soi dans l’essai qui accompagnait son
exposition : Certaines personnes sont faites pour créer et s’exprimer,
d’autres sont faites pour penser et analyser. Mais au final, elles peuvent
toutes être aussi créative si elles ont le désir de voir quelle place
elles occupent dans le monde de leurs expériences.

Les éditions suivantes, organisées avec un enthousiasme grandissant,
ont conduit à Lille de grands noms de la photographie, tels William
Klein,Bogdan Konopka ou PaoloRoversi. D’un point de vue plus personnel,
l’édition la plus émouvante et importante fut pour moi le festival 2005,
auquel j’ai participé en tant qu’artiste. J’ai pu constater à quel point
l’équipe des Transphotographiques est unie et chaleureuse ; j’ai également
remarqué l’endurance avec laquelle chacun supportait son épuisement
et l’épreuve d’accrocher les œuvres jusqu’au petit matin – mais aussi
avec quelle joie le soir tous dînent ensemble : d’Anne de Mondenard,
commissaire générale du festival, au chauffeur polonais, qui avait amené
de Cracovie les photos de Weronika Lodzinska et Andrzej Kramarz. Avant
d’achever ce texte, je voudrais m’arrêter un instant sur cette touche
cordiale et humaine. Je tiens en effet à remercier tous les gens formidables
qui co-réalisent les Transphotographiques et tous les artistes extraordinaires,
parmi lesquels se trouvent : Peter Lindbergh, Willy Ronis, Thibault
Cuisset, William Klein, Sabine Weiss, Denis Rouvre, Yan Tomaszewski,
Bogdan Konopka, Leszek Pekalski, Agata Pankiewicz, Andrzej Kramarz et
Weronika Lodzinska et dont les œuvres font partie de la collection rétrospective
qui résume sept ans d’existence du festival. Par ailleurs, ce dernier
fêtera bientôt son 10e anniversaire : on peut être sur que cette édition-rétrospective
ne manquera pas d’occasion de nous procurer des émotions fortes.
Marta Eloy-Cichoka
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