Alnis Stakle "Broken line"                                                                                                            03.09 > 25.09
>> Galeria Pionova - ul. Olejarna 2 - Gdańsk-Starówka                                                                      Vernissage le 3 septembre


Pour mes parents, l’union européenne n’existe que sur les écrans de télévision. Même après la chute de l’Union Soviétique dans les années 90, mes parents n’ont jamais voyagé hors de Lettonie car la maigre pension qu’ils perçoivent leur sert moins à vivre qu’à survivre. Mon père est né en 1931, ma mère en 1939 : ils ont passé leur enfance et toute leur vie active sous le régime soviétique en Lettonie.  Leur vie reflète particulièrement bien celle de nombreuses personnes âgées, en Lettonie comme dans l’ensemble de l’ex URSS. Ils possèdent une ferme où ce qu’ils produisent leur permet de subsister et d’avoir quelque chose à vendre. Leur petite pension est à peine suffisante pour payer les impôts et acheter des produits de première nécessité.

Dans la série Broken Line, je représente mes parents, ma famille, des amis, moi-même, ainsi que le paysage letton.  Je m’intéresse spécialement à cet environnement qui se transforme rapidement près des nouveaux quartiers d’habitation ou dans les chantiers industriels. Pour moi, c’est très important de percevoir et de révéler les liens entre l’individu et l’expérience sociale collective, et comment cela se manifeste à travers le paysage de la Lettonie. La série Broken Line est un témoignage visuel de la perte d’identité et d’une vie sans espoir chez la dernière génération soviétique.

La Lettonie est un ancien pays soviétique qui est devenu un état membre de l’Union Européenne. On constate qu’il ne se produit jamais d’évènement majeur dans ce pays. Il n’y a pas de guerre ou de catastrophes écologiques notables. Cependant, ceux qui vivent ici sont les témoins d’une des crises identitaires et culturelles les plus importantes au monde. Après 17 ans d’indépendance, la Lettonie est toujours un petit pays économiquement et politiquement instable, affaibli par la corruption de ses fonctionnaires et par la bureaucratie.  La cause de ces deux maux n’est pas à chercher dans le manque de lois appropriées, mais plutôt dans les valeurs et dans la perception de la génération postsoviétique sur son propre sort.

Après l’effondrement du régime communiste, le secteur industriel qui employait une grande partie de la population s’est lui aussi effondré. Les gens ont non seulement perdu leur travail, mais aussi leurs économies, puisque le cours du rouble avait fortement chuté et que l’inflation avait atteint un taux de 900% en un an.

La Lettonie est toujours un des pays qui présente le plus fort taux de suicides. Le premier facteur de suicide est la situation économique, qui aujourd’hui encore est très grave : inflation de 13% en un an, exil de la jeune génération vers l’Europe de l’Ouest en quête d’une vie meilleure.
En conséquence, il devient difficile d’assurer la maintenance des hôpitaux publics, des petites écoles et des postes de police dans les campagnes et les petites villes. Par exemple, en septembre 2008, 180 lignes de bus qui reliaient plusieurs villes ont été fermées car elles n’étaient pas rentables. Ainsi, on observe le résultat d’une politique de centralisation extrême : plus de la moitié de la population lettonne vit à Riga, la capitale.

 


 

 

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