Vincent MAYES
Heterotopia
Zatoka Sztuki
25.10 > 30.11.2011 - Vernissage 25.10 à 20h

ul. Mamuszki 14 - Sopot
du lundi au jeudi de 10h à 20h & du vendredi au dimanche de 10h à 22h




© Vincent Mayes

« On ne vit pas dans un espace neutre et blanc. On ne vit pas, on n’aime pas, on ne meurt pas dans le rectangle d’une feuille de papier. On vit, on aime, on meurt dans un espace quadrillé, découpé, bariolé, avec des zones claires et sombres, des différences de niveaux, des marches d’escalier, des creux, des bosses, des régions dures et d’autres friables, pénétrables, poreuses. »
Michel FOUCAULT, in Les Hétérotopies, 1967


Lundi 20 décembre,
Hier, je souffrais d’un état d’angoisse profonde, vivisection du corps qui brûle à la lumière d’une chambre close. Je parcourais péniblement les méandres labyrinthiques de vêtements et autres objets qui jonchent le sol de mon appartement. Je m’arrêtais parfois devant le miroir. En me regardant dans la glace, je voyais une image de l’autre. Vertigineux le gouffre qui nous plonge au fond de nous-mêmes. Ultime convulsion – réflexe de survie – avant d’atteindre l’état minéral. Je suis ivre, ivre des formes qui dansent dans mes yeux, des statues qui s’étiolent à la lumière du temps. Je suis comme prisonnier de ce rectangle, de cet autre qui jaillit incessamment quand j’essaie de me percevoir, enfermé dans un jardin minéral dont l’organisation géométrique me confronte au désordre de mon existence biologique.
Acculé. Je me trouve à arpenter ma région natale. Il est déjà deux heures du matin. J’ai froid. Je me sens perdu dans des référents qui me sont pourtant si familiers. Un monde artificiel, une vie contingente, des gens qui boivent et dansent de manière obscène. Les vitrines et les maisons closes de Belgique, les hôtels de passe où l’on se retrouve pour l’exercice d’une sexualité illégale, ces lieux et ces rues qu’arpentent des hommes devenus femmes, et le temps du chez soi, de la solitude et des illusions perdues. C’est comme prendre part à une comédie dont on maîtrise le texte sans en comprendre les signes. Il est quatre heures, ma quête ici s’achève. Je n’ai rien trouvé d’autre ici que moi-même. La vraie vie est de toute évidence ailleurs. Je perds l’illusion de me retrouver dans une société qui ne m’appartient pas. Tuer le temps, créer l’espace. Fuir les couleurs et le semblant de vie. Ici je ne sais pas quoi faire de mon corps. Là-bas non plus. Il heurte, il bouscule, il tombe / Jamais à sa place.
(Il me faut inventer une vie qui m’appartienne. Photographier, écrire. La verte douleur de se sentir seul. Libre. C’est comme marcher dans un désert pour inventer la couleur de ses rêves. Je me promène dans un cimetière. Existence minérale où surgissent les contours d’une petite mort préméditée. L’herbe pousse, elle est verte dans le bruissement tumultueux de la ville.)
Je cherche à créer mon propre espace hétérotopique, délimitant un territoire dans lequel je me confronte à mes fantasmes comme à mes cauchemars. Mais il arrive que la photographie ne soit plus une possibilité. Alors l’appareil devient mon ennemi, m‘encombre de son poids sur mon épaule et me contraint à vivre une réalité que je ne supporte pas.

V.M.



Avec le soutien d’ESMOD et du laboratoire PICTO
L’exposition est composée de 24 tirages argentiques sur papier baryté


 

 

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